Sur un Grand Projet d’énergie en mer, quelques profils conditionnent le bon déroulement du chantier : un contract manager qui anime les contrats, un cost controller qui tient le coût à terminaison, un spécialiste HVDC pour le raccordement. Ils sont rares, et ils manquent souvent au pire moment. Les sécuriser ne s’improvise pas le jour où le besoin devient urgent : cela se prépare quand le projet construit son équipe.
Cet article s’adresse à tout acteur qui staffe un Grand Projet d’éolien en mer, maître d’ouvrage comme contractant. Il explique pourquoi anticiper, de quels profils on parle, à quel moment les sécuriser, et comment le faire sans s’exposer.
Pourquoi ces profils se sécurisent avant la phase critique
Un profil mobilisé trop tard coûte bien plus que son salaire. Sur un Grand Projet, chaque package avance sur un chemin critique : un poste clé vacant retarde une décision, donc une commande, donc une opération en mer où le jour d’attente d’un navire se chiffre déjà en centaines de milliers d’euros. Vous pouvez retrouver plus d’informations dans cet article : Indemnité d’immobilisation bateau éolien offshore : pourquoi le DAF la découvre trop tard.
Or le vivier ne se reconstitue pas à la demande. Selon le GWEC, constituer un vivier qualifié dans l’éolien peut prendre jusqu’à dix ans, quand les projets, eux, démarrent maintenant. Cet écart entre le temps de formation et le temps du projet est précisément ce qui rend ces profils rares.
Deux conséquences en découlent. D’abord, la recherche démarre rarement à froid : elle est déclenchée par un événement, départ en cours de projet, démarrage d’un package, dérive d’ingénierie qui révèle un besoin de pilotage. À ce stade, on cherche dans l’urgence, sur un marché tendu, et les meilleurs profils sont déjà engagés ailleurs. Ensuite, le remplacement n’est jamais immédiat : il faut souvent trois à six mois pour qu’un nouveau venu soit pleinement opérationnel. Pendant ce délai, le pilotage se dégrade et les alertes remontent moins bien.
Profil rare en énergie : de quoi parle-t-on exactement
Un profil rare réunit deux choses difficiles à trouver ensemble : une compétence peu disponible sur le marché et l’expérience concrète des Grands Projets en mer. C’est cette combinaison qui le distingue d’une ressource générique.
La rareté est sectorielle. Le marché compte beaucoup de bons gestionnaires de projet et de bons financiers. Ce qui manque, c’est l’expérience des Grands Projets d’énergie en mer : maîtriser les fenêtres météo, les contrats d’installation, les normes offshore. Le profil existe, mais rarement avec ce recul précis, et c’est lui qui fait la différence le jour venu.
La confusion entre cost controller et contrôleur de gestion illustre l’enjeu. Le cost controller suit le coût à terminaison du projet, lot par lot, en lien avec le planning. Le contrôleur de gestion pilote la performance de l’entité, budgets et écarts. Intervertir les deux fait perdre le lien entre planning et coûts, et l’erreur ne se voit souvent que plusieurs mois trop tard. Sécuriser un profil rare commence par nommer le bon métier. Vous pouvez retrouver plus d’informations dans cet article : Cost controller, contrôleur de gestion, contrôleur financier : trois métiers, trois horloges.
Quels profils sécuriser : les huit compétences clés d’un Grand Projet
La rareté ne touche pas un métier isolé, mais une chaîne de compétences qui couvre tout le projet. Huit domaines concentrent les profils les plus structurants.
- Finance de projet. Modélisation financière, sourcing et négociation avec les investisseurs, reporting aux comités d’investissement. Les profils project finance sont particulièrement rares, souvent captés par les banques.
- Project control et reporting. Tenue du chemin critique et du coût à terminaison, gestion des interfaces, outils de suivi de projet, reporting pour les comités de direction. Le cœur du pilotage.
- Contract management. Rédaction des contrats, négociation des clauses pénales et de force majeure, pilotage du cycle de vie contractuel. L’un des profils les plus demandés du secteur, et celui qui manque surtout après la signature.
- Ingénierie. Études d’exécution, coordination multi-disciplines.
- HSE. Conformité offshore, pilotage de chantier, audit de conformité. Un incident de sécurité en mer arrête le chantier, ce qui rend ce profil critique.
- Achats. Référencement des fournisseurs, procurement des ressources lot par lot une fois le staffing plan validé.
- Logistique. Planification multi-sites, anticipation des retards fournisseurs, préparation des navires selon la zone et les fenêtres météo. Un savoir-faire qu’aucune formation ne structure vraiment.
- Conformité. Traçabilité des parcours et des compétences, taxonomie et CSRD. Un domaine qui se durcit d’année en année.
La gestion des interfaces entre lots, qui mobilise plusieurs de ces compétences à la fois, fait l’objet d’un article dédié. Vous pouvez retrouver plus d’informations dans cet article : Gestion des interfaces en éolien en mer : maîtriser les lots avant qu’ils ne deviennent des litiges.
À l’échelle de la filière, la tension est documentée : l’emploi éolien européen doit passer de 443 000 à 607 000 postes d’ici 2030 selon WindEurope, et le nucléaire français vise 100 000 recrutements d’ici 2035 selon France Travail.
Quand sécuriser les profils : du staffing plan au procurement
Sécuriser ces profils suit une logique précise, qui se joue en amont du chantier.
Staffing plan : qui s’en occupe sur un Grand Projet ?
Le staffing plan se construit en amont, par le directeur de projet et le construction manager. Une fois validé, il déclenche le procurement, et les package managers partent chercher les ressources lot par lot. Anticiper, c’est agir avant cette dernière étape, quand le marché n’est pas encore sous tension sur votre projet.
Sécuriser avant l’effet de série, quand toute la filière recrute en même temps
Les Grands Projets arrivent par vagues. En éolien, la succession des appels d’offres mobilise les mêmes profils sur les mêmes périodes. Côté nucléaire, le lancement des EPR2 et le Grand Carénage ajoutent une pression majeure, notamment sur la surveillance des fournisseurs et la qualification des matériels. Vous pouvez retrouver plus d’informations dans cet article : Surveillance des fournisseurs et qualification des matériels nucléaires : ce que le donneur d’ordre doit piloter.
Sécuriser sans s’exposer : conformité et continuité
Mobiliser vite un profil externe ne doit pas créer un risque nouveau.
Le risque de requalification et de portage étranger
Faire appel à des prestataires expose à un risque juridique réel : requalification de la prestation en contrat de travail, recours à du portage étranger mal encadré, travail dissimulé dans la chaîne de sous-traitance. La responsabilité remonte au donneur d’ordre. Sécuriser un profil rare suppose donc de sécuriser aussi le cadre dans lequel il intervient.
Pénurie de négociateurs post-signature : assurer la continuité du contrat
Un autre angle mort concerne la durée. Par exemple, les négociateurs sont souvent présents pour conclure le contrat, puis quittent le projet, alors que les variations, les avenants et les claims se gèrent tout au long du chantier. La continuité se prépare en amont : prévoir dès le staffing qui pilotera le contrat dans la durée.
Deux leviers et une condition pour sécuriser durablement les profils rares
Pour sécuriser durablement les profils rares, deux leviers se combinent.
Assistance technique ou recrutement : le bon arbitrage selon le besoin
Recruter en interne sécurise un poste durable, mais demande du temps et un vivier disponible. Mobiliser un expert en régie ou en assistance technique donne un profil opérationnel dès le premier jour, sur la durée d’un besoin précis. Les deux approches se complètent : l’une construit l’équipe permanente, l’autre vient en renfort sur les phases de tension et les expertises pointues.
Réduire sa dépendance au marché : faire monter ses équipes en compétence
Le dernier levier consiste à faire monter en compétence ses propres équipes sur les spécificités offshore, pour moins dépendre du marché externe. C’est un investissement de moyen terme qui réduit la rareté à la source.
Nos consultants interviennent comme salariés de Renergy ; c’est précisément ce qui répond au risque de requalification et de portage.
Renergy renforce la maîtrise d’exécution des grands projets par deux leviers complémentaires : le déploiement d’experts sectoriels immédiatement opérationnels et la formation des équipes internes.
Si ces problématiques sont les vôtres, vous pouvez prendre rendez-vous avec un consultant Renergy pour en discuter. L’échange est confidentiel et vise à identifier le dispositif adapté à votre besoin.
Pour aller plus loin, découvrez les quatre décisions de la phase d’ingénierie qui sauvent la construction d’un Grand Projet énergie.


